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TÉMOIGNAGE DE Père Paul
« Je n’en ai jamais voulu à mon agresseur »

Le Père Paul a passé une grande partie de sa vie à œuvrer comme missionnaire en Mauritanie. Il y a 25 ans, alors qu’il prépare la messe à la Cathédrale de Nouakchott, il est victime d’une tentative d’assassinat et perd un bras. Malgré l’épreuve, une profonde paix l’habite.

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« On m’affecte à la cathédrale de Nouakchott »

J’ai donc gambadé pendant pas mal d’années, 24 à peu près, comme missionnaire en milieu musulman en Mauritanie, république islamique. J’y suis allé parce qu’il n’y avait pas de chrétiens. Au bout d’une bonne vingtaine d’années de présence, on m’affecte à la cathédrale de Nouakchott, et au bout de quelques temps dans cette même cathédrale, nous préparions la messe du dimanche soir, le Père René qui a une quinzaine d’années de moins que moi, je vais pour l’aider comme d’habitude, lui vient à ma rencontre, en criant, il était dans son aube blanche maculée de sang : « venez vite, on me tue ! »

« Tout le monde avait peur »

Je le vois, je saute sur l’agresseur, c’était un Mauritanien avec son long boubou et sous sa tunique il avait caché une machette. Donc il était allé vers l’autel, carrément et il lui a tapé sur la tête en vue de l’assassiner. quelques secondes après, je me retrouve avec mon bras gauche dans ma main droite, toujours debout, je n’ai jamais perdu connaissance, et j’entends simplement : « taillez-vous, planquez-vous il y a un fou ! » et j’ai réagi à cette parole, j’ai couru vers la rue sachant que là il y aurait du monde : il y avait du monde, mais tout le monde se taillait, tout le monde avait peur.

« J’ai senti que j’étais entre vie et mort »

J’ai fini par faire de l’auto-stop. A aucun moment, nous n’avons paniqué, ni René, ni moi. Moi quand je me suis retrouvé dans cette voiture américaine, j’ai senti que j’étais entre vie et mort et que se présentait pour moi deux routes : l’une ça s’appelle la mort, c’est pas très grave, on n’y échappera pas tôt ou tard, les copains vont continuer sans nous ; ou alors l’autre, il y avait encore une chance et c’était à moi de la saisir.

« Nous avons pu le vivre dans la sérénité, jusqu’aujourd’hui »

Hop ! je l’ai saisi et j’ai tiré mon chapelet, mon mouchoir et mes clés de ma poche et je savais que mon salut était là. On trouve l’entrée des urgences à l’hôpital national. Là je me sens sur un lit d’hôpital. On nous rapatrie en France. Finalement on est tout de même obligé de couper le bras, mais tout cela aussi bien René que moi, nous avons pu le vivre dans la sérénité, jusqu’aujourd’hui.

« Le Seigneur est avec nous »

Ce que cet événement a changé dans ma vie, je dirais d’une façon immédiate, c’est une non-peur de l’avenir, une non-peur de la mort. Là-dessus je suis très formel. L’événement s’est passé il y a maintenant 25 ans tout de même et bien je me dis que quel que soit le mode de fin de vie, et bien le Seigneur est avec nous. Souvent, on me dit : « mais comment as-tu pu pardonner ? » je réponds d’une manière très claire : « ne vous souciez pas de demain ». Moi si on m’avait demandé ça deux jours auparavant : on te coupe le bras et tu restes dans la sérénité j’aurais dit : « attend, là on rêve ».

« Je ne lui en ai jamais voulu »

J’aime dire que j’ai une grâce de paix qui m’a protégé quelque part de l’agression intérieure. Je ne me suis pas senti agressé, je suis resté dans la paix, je ne lui ai pas pardonné, je ne lui en ai jamais voulu. Peut-être que disais-je 40 ou 50 ans de messes quasi quotidienne, de prière, peut-être que cela construit tout de même quelque chose dans une personne et que le jour où l’occasion d’aller plus loin, on appelle ça en général l’épreuve, mais une épreuve permet toujours d’aller plus loin, le Seigneur nous donne, m’a donné cette paix profonde, je dirais presque que cette expérience y compris le fait de se promener maintenant avec un handicap visible, ça m’incite à dire « merci Seigneur ».