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Le pari des gentils

Assumée, la gentillesse a du génie ! Qu’on se le dise, les gentils ne se laissent pas forcément marcher sur les pieds. Et la « gentitude gagnante » cloue le bec à bien des idées reçues.

PAR DELPHINE LUGINBUHL ET AURÉLIE PENNEL – PROPOS RECUEILLIS PAR MAGALI MICHEL

Delphine Luginbuhl est ingénieure de l’École centrale Paris et diplômée de psychologie à l’université Paris 8.

Aurélie Pennel est diplômée de l’école de management de Grenoble et dispose d’une expérience de quinze ans de management. Toutes deux sont coach professionnelles et accompagnent individuset collectifs en entreprise.

Les gentils ne feraient pas de bons managers. À être trop gentil, on finirait par se perdre soi-même. Alors ? La gentillesse est-elle encore valable ? Volontiers reléguée du côté de la faiblesse, la gentillesse présenterait plus d’inconvénients que d’avantages dans les relations humaines. Pourtant nul n’est obligé de se limer les dents pour se faire respecter.

On peut tout à fait être gentil sans se faire piétiner tout au long de sa vie professionnelle ou personnelle. Le mode d’emploi de la gentillesse profitable à soi et à autrui, c’est de comprendre ses propres besoins et leviers de bonheur, de savoir dire non, d’apprendre à s’affirmer de manière constructive, de développer sa confiance en soi, pour pouvoir ensuite s’ouvrir pleinement à l’autre. Le vrai gentil sait se préserver et se défendre, tout en accomplissant des actes de bonté. Il s’affirme et se fait respecter. Il conserve ses goûts et affinités. Il sait se montrer gentil sans se sacrifier au profit d’autrui. Car gentillesse bien ordonnée commence par soi-même ! Tiens, que pourriez-vous faire de gentil pour vous-même aujourd’hui ? Comment pourriez-vous éprouver de la compassion envers vous-même ? Cette autodiscipline est un préalable. Bénéfique et constructive, la gentillesse est une bonté contagieuse. Alors en toute situation de management, d’éducation, d’interaction, assumez et conscientisez votre propension à la gentillesse. Agir avec gentillesse a de multiples impacts positifs.

GAGNANT-GAGNANT

C’est un facteur de performance à l’école, en entreprise, en famille, dans la vie associative. Menée dans une classe, une expérience prouve que lorsqu’un enfant apporte son aide à un autre élève, les résultats scolaires des deux protagonistes s’améliorent. Mis en lumière par le projet Aristote de Google et les travaux d’Amy Edmonson, la vulgarisatrice du concept de « sécurité psychologique », le socle de confiance établi dans certaines équipes est un facteur différenciant. Il permet aux organisations d’être plus performantes. Leurs membres n’ont pas peur de s’exprimer, de prendre des risques, ils s’écoutent, ils s’entraident sans rejeter la faute sur autrui, ils avancent tous ensemble vers un but commun. En entreprise, la gentillesse fait des miracles. Et un bon manager a tout intérêt à exercer la gentillesse. Toutefois, le meilleur moyen de faire de la gentillesse une force et un levier de performance réside dans la capacité des gentils à ne pas l’être trop, à ne pas s’oublier au profit des autres, à s’affirmer. Cette assertivité est la capacité à exprimer et défendre ses besoins, ses droits, dans la recherche en toute situation d’une solution gagnant-gagnant.

AGISSEZ !

L’enjeu est de respecter ses limites. En effet, pour être bienveillant envers ceux qui nous sont chers, il faut commencer par prendre soin de soi : comment répondre aux besoins affectifs et émotionnels des autres si l’on est soi-même exsangue ? Être gentil est un don. On ne l’est trop que lorsqu’on bascule dans le sacrifice de soi. Tout est une question de mesure.

Autodiscipline bénéfique et constructive, la gentillesse s’exerce à travers les petits gestes du quotidien : formuler des feed-back constructifs à ses collaborateurs, renseigner une personne dans la rue, aider un ami qui déménage, donner un coup de main à un collègue débordé, faire un petit cadeau à un voisin, les occasions sont légions. Faisons preuve d’imagination. Et en plus, faire le bien nous fait du bien, c’est prouvé ! Notre cerveau active les zones de la récompense et du bonheur lorsque nous nous montrons coopératifs et généreux. Il suffit d’un simple geste de bonté pour booster naturellement la production de sérotonine, l’hormone du bonheur, et réduire le cortisol lié au stress. Gentils, assumez-vous et agissez ! La gentillesse est une valeur de plus en plus recherchée. En plus, elle renforce l’estime de soi et fait vivre plus longtemps.

5 CLÉS DU PARFAIT GENTIL

1. Pense aussi à toi

Quelles actions ponctuelles et récurrentes peux-tu mettre en œuvre pour prendre soin de toi ? Pour chacune de ces actions, identifie l’impact positif que tu escomptes pour toi et pour les autres. Si je m’octroie une demi-heure de lecture le soir, je dormirai mieux, je serai plus reposé(e), ce qui me permettra d’être plus patient(e) avec les autres… ou si je sors avec des amis une fois par mois, je ferai le plein d’émotions positives et j’en ferai profiter mes proches…

2. Assume fièrement tes actes de bonté

À chaque fois que tu accomplis un acte de gentillesse, assume-le pleinement et prends le temps de te poser les questions suivantes : qu’est-ce que cela a apporté à autrui ? Qu’ai-je ressenti, qu’est-ce que cela m’a apporté ? Pourrai-je aller plus loin sans tomber dans l’excès ?

3. Tiens un carnet de bord

Consigne et intègre tes gestes de gentillesse. À la relecture de tes notes, tu replongeras dans un bain d’émotions positives.

4. Développe ton assertivité (l’affirmation de soi : défendre ses propres droits, en respectant ceux des autres)

Il t’arrive d’accepter des demandes que tu n’as ni l’envie ni le temps d’accomplir. Entraîne-toi à dire non avec le sourire (sans te justifier). Prends l’habitude de ne jamais t’engager sans un moment de réflexion préalable. En développant un comportement assertif, reprends la main sur les événements au lieu de les subir. Tu constateras que le fait de te respecter autant que tu respectes les autres t’amènera à être plus respecté par tes interlocuteurs.

5. Souris

Un sourire a plus d’effets qu’un froncement de sourcils. Un sourire sincère touche notre sensibilité innée à la bonté !

TÉMOIGNAGE : « UN COMPLIMENT SINCÈRE ET GRATUIT »

Il n’est jamais inutile de s’intéresser à autrui.

« Il y a quelques jours, je marchais dans la rue et mon regard a été attiré par un homme assez âgé, qui était assis sur un banc et portait un costume. En passant près de lui, je lui ai dit que je le trouvais très élégant et que c’était bien agréable. Son visage s’est illuminé et il m’a remerciée avec effusion et un grand sourire qui m’a touchée. Je suis repartie toute guillerette… en me promettant de davantage ouvrir mon esprit à toutes les pensées positives qui le traversent et en mettant des mots dessus. J’aimerais bien moi aussi qu’un jour, quand j’aurai l’âge de ce monsieur, une personne me fasse un compliment sincère dans la rue. »

 


Pour aller plus loin

Trop bon, trop con ?
La gentillesse n’a pas dit son dernier mot !
Delphine Luginbuhl et Aurélie Pennel, Eyrolles, 2021, 2016, 161 pages, 16 €.

Cessez d’être gentils, soyez vrais !
édition du20e anniversaire,
Thomas d’Ansembourg, Les éditions de l’Homme, 2020, 272 pages, 19,90 €.

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