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Le silence est d’or

D’aspect austère, le silence est un chemin vers une joie profonde associée à une régénération aussi bien physiologique que psychologique. Alors, chuuuuut !

PAR HELEN MONNET – PROPOS RECUEILLIS PAR MAGALI MICHEL

Helen Monnetest relaxothérapeute, consultante RH – conseiller en gestion des ressources humaines – et psychopraticienne intégrative. Elle est spécialisée dans la transition de carrière et la préparation à la retraite des seniors. Fondatrice de Selfarmonia, elle accompagne les personnes et les entreprises. www.selfarmonia.com

Le bruit de fond incessant de l’hyper modernité rend le silence à la fois attirant et effrayant. Fuirait-on ce dont on a le plus besoin ? Phoniatres et psychiatres s’accordent à dire que le bruit est une source de perturbation physiologique et mentale notoire. Le silence et le calme sont absolument indispensables à notre santé psychocorporelle. Les urbains savent malheureusement combien les nuisances sonores affectent la qualité du sommeil. Agressés par la cacophonie ambiante, beaucoup aspirent au silence. Toutefois cette échappatoire au bruit n’est pas toujours une sinécure. Le silence exacerbe en effet le bavardage mental, amplifie mal-être et tensions, peut révéler un vide intérieur. Savourer le silence nécessite un peu d’entraînement. Car le silence est bien loin de n’être que l’absence de bruit. Cet espace intime est très vaste en réalité. Il permet la rêverie, la réflexion, la contemplation, la créativité, la prière… À l’instar d’une ample respiration, il dégage l’esprit et prépare celui-ci à se rendre au bout de lui-même. Écouter sa vibration mène toujours quelque part. Le silence constitue une porte ouverte sur le travail de croissance intérieure, que tout un chacun mérite de s’offrir.

UNE LOYAUTÉ ENVERS SOI

L’aspiration au silence est en outre variable d’un individu à l’autre puisqu’elle touche à la relation intime de soi à soi. Les introvertis le goûteront plus spontanément que les extravertis. Car à la différence de l’extraverti qui a besoin, souvent impérieusement, d’un élément extérieur (activité ou échange avec autrui) pour se ressourcer, lorsqu’il a épuisé ses batteries, l’introverti a, lui, tendance à se recentrer automatiquement sur lui-même, pour y puiser un regain de tonus. Il n’en a d’ailleurs aucun mérite particulier puisque son intégrité et sa vivacité psychiques sont à ce prix. On peut toutefois très bien ne pas être introverti et prendre le parti du silence. Celui qui dès l’enfance aura appris à s’ennuyer, c’est-à-dire à faire d’une absence d’activité un moment de ressourcement intérieur en pratiquant par exemple l’observation, voire la contemplation, saura apprécier le goût du silence et saura y demeurer tranquille. Il n’y verra aucune rupture ni aucun danger. Dans l’adversité, certains individus privilégieront le silence, non pas comme un repli, mais comme une loyauté sans faille envers la meilleure part de soi, qu’ils tiennent à préserver. Face aux épreuves de la vie, bavardages et commentaires semblent souvent dérisoires. L’individu a plus que jamais besoin de s’appuyer sur ce qui constitue son essentiel, au-delà de ce qui est aléatoire, sa vocation d’être dans un dialogue intérieur avec les différentes parts de lui-même.

UN REPOS INDISPENSABLE

En société, le silence est un allié pour réguler l’usage de la parole. Savoir se taire quand il faut exige un doigté et une intelligence de situation, un ajustement comportemental. Le silence implique une acuité de regard. De soi à soi, notamment après le choc d’une rencontre amoureuse, il peut être fort judicieux de s’accorder un temps de silence pour laisser décanter les ressentis, refaire le film de la rencontre, en écouter les harmoniques psychiques… Ce retrait dans un temps d’intensité émotionnelle peut s’avérer un précieux moment d’analyse. D’une manière plus générale, jouir pleinement du silence constitue une vraie respiration. C’est un repos indispensable à notre essence humaine, pour le corps, pour le mental, pour le cœur et pour l’âme. L’individu ne peut continuer à perdre haleine, et donc à souffrir, en courant sans cesse après la performance professionnelle et le consumérisme tous azimuts. Il lui faut s’accorder régulièrement des pauses de retrait que lui offre le silence.

5 CLÉS POUR PASSER EN MODE SILENCIEUX

1. Se taire pour goûter une joie

Être à l’écoute attentive de ses sensations apporte toujours de la joie au cœur. Pour goûter pleinement un plaisir sensoriel, le silence est indispensable. Profitez d’un environnement naturel, si possible, pour savourer pleinement l’inattendu qui vous est offert. Regardez le jeu du soleil dans un feuillage, touchez un pétale, ressentez la caresse d’une brise sur votre visage ou la chaleur du soleil sur votre dos, écoutez le bruit d’une averse, vibrez avec la trille d’un oiseau…

2. Manger en silence

À table, le silence permet d’abord une mastication gustative. Ensuite, il peut s’allier à une vraie gratitude pour la nourriture, ses arômes, ses saveurs, la chance de trouver quelque chose à se mettre sous la dent, le soin mis à produire ces aliments…Enfin, la trace laissée au palais peut se graver dans la mémoire associée à l’éclat de la journée ou au sourire d’un hôte.

3. Couper le téléphone portable au moins 30 minutes dans la journée

Rompez totalement avec le monde extérieur pour vivre authentiquement et intensément la ressource cachée du silence. Vous accomplissez ainsi un choix essentiel : celui d’être à l’écoute sincère et unique de vous-même !

4. Savourer le silence en couple

Pas d’intimité entre deux êtres sans la présence du silence qui rend aux mots leur valeur véritable. Offrez-vous moments et ambiances propices pour déguster ensemble un partage silencieux. Le silence amorce ou renforce la profondeur du lien. Le silence est le lieu exquis du sentiment ineffable. Le silence a alors les yeux pour complices. La respiration qu’on peut synchroniser peut aussi aider à s’installer dans un silence profond et partagé.

5. Savoir faire retraite

Prendre du champ pour faire silence a prouvé son efficacité ! Le silence est propice aux transitions. Il est le lieu privilégié de la mise en perspective, de la prise de conscience, du lâcher-prise et souvent de la décision juste.

TÉMOIGNAGE : « LE SILENCE EST UNE CONQUÊTE »

Marc, 45 ans, s’exerce à faire taire son mental pour accéder au silence intérieur propice à la créativité.« J’ai besoin de silence. C’est un espace pour laisser émerger mes intuitions. Pour moi, le silence n’est pas l’absence de bruit mais une expérience de qualité d’être, de présence à moi-même, à mes cinq sens et de disponibilité à Dieu. Pour moi, le silence, c’est de l’écoute, c’est une présence qui est accueil. Il y a le silence physique et le silence intérieur. Pour moi, c’est me connecter dans la sensorialité, faire une chose à la fois, pour faire taire mon mental bruyant. Le vrai silence, c’est le silence du mental. C’est une conquête. Le silence me rend disponible à moi-même, à mon enfant intérieur, à ma créativité, à mon axe de vie. Je perçois un lien entre le silence et la paix. En tant que professeur de musique, je fais vivre une expérience de silence à mes élèves au début de chaque cours. Il s’agit de mettre mes élèves en situation d’écoute sensorielle. Les bruits infimes deviennent hyper présents. Il y a comme une ouverture de l’écoute qui fait atterrir dans l’instant présent. Je retrouve ensuite des élèves disponibles et apaisés. Mon cours peut commencer. »


 

Pour aller plus loin

Les Saveurs du silence Helen Monnet, Jouvence, 2018, 208 pages, 16,90 €
La Force du silence. Contre la dictature du bruit. Cardinal Robert Sarah avec Nicolas Diat, Fayard, 2016, 378 pages, 21,90 €.
Le silence est ma joie de Charlotte Jousseaume, Albin Michel, 2020, 154 pages, 13,20 €.
Éloge du silence de Marc de Smedt, Albin Michel, 2018, 272 pages, 8,90 €.

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