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La conversion écologique

La conversion écologique n’est pas une conversion à l’écologie ! Elle ne consiste pas non plus à adopter une nouvelle « religion écologique ». Elle est une nouvelle manière de vivre aujourd’hui nos relations humaines, en cherchant à retrouver une authentique communion avec la création et son créateur, pour faire face à la crise écologique.

PAR MARIE-HÉLÈNE LAFAGE – PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE MEYER POUR L’1VISIBLE

 

Marie-Hélène Lafage est à l’initiative des tout premiers groupes Laudato si’ en France.

Vivre une conversion écologique revient à passer du constat d’une communion rompue – associée à la détérioration de notre « maison commune » – à la quête d’une communion renouvelée, engageant notre foi et notre vie tout entière. En particulier, la conversion écologique nous amène à considérer notre relation à Dieu sous l’angle du lien à la création. Un véritable changement de perspective !

 

LAUDATO SI’

Au cœur de la tourmente – crise économique, financière, écologique, sociale et sanitaire… –, le titre de l’encyclique du pape François, consacrée à « la sauvegarde de la maison commune », peut sembler provocateur : « Loué sois-tu. » L’expression est tirée du Cantique des créatures de saint François d’Assise. Le « poverello » y exprime toute sa reconnaissance au Dieu Créateur pour tout ce qui vit et tout ce qui permet la vie : le soleil, la lune, le vent, l’eau, la terre-mère, les fruits… Sans oublier tous ceux qui vivent le pardon par amour, les artisans de paix.

Laudato si’ résonne comme un appel à une hospitalité mutuelle entre tous les vivants, à une réconciliation avec la terre et avec nos frères. Elle nous invite à la contemplation, à la compréhension et à l’action : à nous laisser toucher par la beauté et par la blessure de la terre et de l’autre ; à comprendre comment nous en sommes arrivés là, dans l’égarement du « toujours plus » et l’appropriation sans limite des biens, qui creusent la pauvreté des plus pauvres ; à changer de chemin, pour choisir la vie et l’avenir de la planète et de tous ses habitants.

La conversion à l’« écologie intégrale » honore toutes les dimensions du vivant. Dignité, solidarité et primauté du « bien commun » sont ses maîtres mots. Ce dernier l’emporte sur tout intérêt particulier et requiert une vie sobre, confiante et pacifique, en paroles et en actes.

 

LES SIX PILIERS

Dans Laudato si’, le pape trace les contours de la « conversion écologique » à travers plusieurs points fondamentaux.

1. « La crise écologique est un appel à une profonde conversion intérieure » (§ 217) : un changement de regard dans la relation au monde, aux autres, à soi et à Dieu. Nous sommes invités à conjuguer gratuité, sobriété, humilité et solidarité.

2. L’ensemble de l’encyclique vise à nous libérer d’un concept qui structure notre vision du monde : le paradigme « technico-économique », qui allie efficacité et rentabilité.

3. La conversion écologique implique de former avec les autres êtres de l’univers une belle com- munion universelle, « en reconnaissant les liens par lesquels le Père nous a unis à tous les êtres » (§ 220). 4. Nous devons « examiner nos vies et reconnaître de quelle façon nous offensons la création de Dieu par nos actions et notre incapacité d’agir » (§ 218). Adopter « un style de vie prophétique et contem- platif » (§ 222) passe aussi bien par des actions de la vie quotidienne que par des actions sociales et politiques, qui sont « une forme excellente de charité » (§ 231).

5. La conversion écologique doit être personnelle et collective. Il faut unir nos forces ! « On répond aux problèmes sociaux par des réseaux commu- nautaires, non par la simple somme des biens individuels » (§ 219).

6. La conversion écologique est un chemin de joie et de réalisation personnelle : « ce n’est pas moins de vie, ce n’est pas une basse intensité de vie mais tout le contraire » (§ 223). Elle « conduit le croyant à développer sa créativité et son enthousiasme, pour affronter les drames du monde » (§ 220).

 

7 QUESTIONS POUR UNE CONVERSION ÉCOLOGIQUE

1 Se nourrir
Un thème porteur, tant « tout est lié » : la production alimentaire, sa consommation, notre rapport aux animaux, l’alimentation collective… Il concerne tout le monde et appelle des changements de pratiques mais aussi des actions collectives.

2 Déchets et consommation
Le message de l’encyclique autour de la « culture du déchet » est clair et soulève de nombreuses questions : comment sont pris en charge nos déchets, quelle politique pour les limiter ? Tri, mise en place d’un compost… à vous de jouer !

3 Nature et biodiversité
Comment regardons-nous aujourd’hui la création et les créatures, comment voulons-nous habiter le monde en tant que chrétiens ? Et si l’on partait redécouvrir la faune et la flore qui sont juste autour de nous ?

4 Se déplacer
Un problème du quotidien, et que l’encyclique n’oublie pas : que signifie se déplacer, habiter l’espace et prendre son temps ? Quels types de rapports humains induisent nos déplacements ? Quelle est leur influence sur notre environnement ?

5 L’énergie
Pensez « sobriété heureuse » : prenez conscience de l’énergie que vous consommez au quotidien (eau, électricité…) et de ce que sa production implique. Il est peut-être temps de réfléchir à sa consommation, non ?

6 Se vêtir
Est-ce que je connais le mode de production de mes vêtements ? Quel est mon rapport à ma garde-robe ? Est-ce que je privilégie le Black Friday et les soldes ou la seconde main et le raccommodage ?

7 Le numérique
Quelle place occupe la technique dans nos sociétés ? Quel est l’impact du numérique dans ma vie, dans mon rapport au monde et aux autres ? Le rôle des technologies face au défi écologique est-il le bon ? Vaste sujet à appréhender dans une optique de sobriété, vous l’aurez compris…

 

« ENVISAGER D’AUTRES FAÇONS D’HABITER LE MONDE »
Laure-Hélène Canette, 28 ans.

« Participer au groupe Laudato si’ en actes du Simone (1) a été le point de départ d’une réorganisation de mes habitudes de vie : cuisiner, consommer local et zéro déchet, acheter d’occasion… en lien avec une profonde remise en question du système pour envisager d’autres façons d’habiter le monde et d’être en relation avec l’autre. D’autres engagements associatifs et militants sont ensuite venus compléter mon investissement au sein du groupe : tour vélo Alter- natiba, témoignages et interventions sur le zéro déchet et sur l’engagement associatif dans des lycées… Avec le groupe Laudato si’, on forme une petite communauté qui avance sur le chemin de la conversion écologique, chacun à son rythme mais tous ensemble. L’engagement personnel s’articule à une démarche collective. »

 


1. Le Simone est un espace de travail et un café culturel créé par les Alternatives catholiques (ou Altercathos) à Lyon en 2016. Lieu de quartier ouvert à tous, il doit son nom à la philosophe Simone Weil.

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