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Comment grandir en liberté intérieure ?

Nous aspirons tous à la liberté, mais comment trouver le chemin de la vraie liberté, celle qui nous offre la joie et la paix ?

PAR LIONEL DALLE – PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE MEYER

Lionel Dalle est prêtre de la communauté de l’Emmanuel et vicaire général du diocèse de Fréjus-Toulon. Il a lancé le parcours en 5 étapes « Miracle de la Gratitude », inspiré des travaux du père Pascal Ide. La gratitude agit au niveau de notre corps, de notre psychisme, au niveau relationnel et spirituel. Apprendre à devenir des personnes habitées par la gratitude, c’est entrer dans une vie nouvelle avec Jésus… Pour en savoir plus : miracledelagratitude.fr/

Qui n’a jamais rêvé de gagner au loto pour s’affranchir de toute contrainte et pouvoir faire ce qu’il veut ? Nous aspirons tous à la liberté mais comment trouver le chemin de la vraie liberté ? On perçoit souvent la liberté comme l’absence de contraintes extérieures. Même si cette vision comporte une part de vérité, elle entretient l’illusion que l’essentiel des limites à ma liberté se trouve à l’extérieur de moi-même, dans tout ce qui m’est imposé. Donc pour être libre, je dois consacrer mon énergie à minimiser ou même éliminer tout ce qui me contraint. D’où la course au progrès, où l’on demande à la science d’inventer sans cesse de nouveaux moyens pour me libérer : me déplacer plus vite pour gagner du temps, changer de sexe pour choisir d’être un homme ou une femme, ne plus vieillir… et ainsi je serai libre ! Cette course en avant ne fait que repousser les limites et génère finale- ment une profonde frustration. Là n’est pas la clé de la véritable liberté.

UN PROBLÈME INTÉRIEUR

Saint Paul vient renverser la problématique : « C’est en vous-même que vous êtes à l’étroit », nous dit-il (2 Co 6, 1). Le problème de ma liberté est beaucoup plus intérieur qu’extérieur. Au fond, ce ne sont pas les lois, les règles, les obligations qui limitent le plus ma liberté, mais plutôt mes dépendances, mes mauvaises habitudes, ma paresse, mes peurs, le découragement, la faiblesse de ma volonté, mon égoïsme, mon égocentrisme et bien-sûr, le mal que je commets, qui est le plus grand des esclavages. Voilà ce qui ruine ma liberté. C’est en moi-même que je suis enfermé, et j’ai besoin d’une libération intérieure.

UNE RÉVOLUTION…

Cette libération, le Christ l’a accomplie en mourant sur la Croix. « C’est pour que vous soyez libre que le Christ vous a libéré » (Ga 5, 1). Jésus m’a libéré de moi-même, et me fait le cadeau d’une liberté nou- velle, celle des fils de Dieu. Ce don qui m’est donné gratuitement est la clé de la vraie liberté.

C’est une véritable révolution : la liberté ne réside pas tant dans l’absence de contraintes que dans ce dynamisme qui me pousse à faire advenir le meil- leur de moi-même, en fonction de ce que je suis (talents, histoire, âge), et de ma situation présente (pays, contraintes extérieures…).

Cette prise de conscience m’aide à mener le vrai combat de la liberté : affronter courageusement mes mauvaises tendances par l’humble travail des vertus, la persévérance quotidienne dans les actes de maîtrise de soi, de courage, de discipline avec l’aide de Dieu. Ainsi je cesse d’accuser les autres, la société, mon patron, mon conjoint… et je comprends que je suis le premier responsable du déploiement de ma liberté.

… DU CONSENTEMENT

Cette nouvelle vision de la liberté me permet également de redécouvrir la joie de l’engagement. Ma liberté n’est pas proportionnelle à l’éventail des possibilités posées devant moi. Certes, le moment du choix est important. Mais la réalisation de ce choix l’est plus encore. Le choix ouvre la voie d’une réalisation, d’un accomplissement en lequel il trouve son sens. En choisissant un conjoint, un métier, une maison, je ne détruis pas ma liberté, je l’accomplis. Le pouvoir de choisir n’est que le moment initial de ma liberté, pas sa plénitude. Enfin, cette liberté intérieure dans le Christ demeure même quand toutes les circonstances extérieures semblent la contredire. C’est là son aspect le plus paradoxal et le plus puissant. Quand je me trouve dans une situation d’absence de liberté extérieure, une situation pénible, imposée, difficile, il me reste encore un chemin : consentir à ce qui m’est imposé, au lieu de me révolter (« Ce qui m’arrive est profondément injuste ! ») ou de me résigner (« Je n’ai pas le choix »).

Cette attitude change profondément ma disposition intérieure. Au contraire de la révolte et de la résignation, elle est une ouverture. Elle pressent la possibilité d’une nouveauté, d’un inattendu qui pourrait être positif. Lorsque je consens, même si les apparences sont contraires, j’entre dans une certaine espérance. En prononçant ce « oui inté- rieur » à une situation fermée, je rejoins cette vision de foi selon laquelle Dieu est capable de tout trans- former à mon profit (Rm 8, 29). Cela permet une fécondité et une nouveauté qui ne peut advenir dans la révolte et la résignation. Quelque chose de beau, d’imprévu peut se produire, je peux apprendre et grandir au travers de cet événement difficile. Le consentement à ce qui m’est imposé, loin de diminuer ma liberté, la déploie. Il me per- met d’être libre même au cœur des situations les plus pénibles.

Si j’acquiers cette liberté intérieure, je deviens capable de tout supporter, tout en continuant à me sentir vraiment libre.

5 CLÉS POUR GRANDIR DANS LA LIBERTÉ INTÉRIEURE

1. Je prends conscience de ma mauvaise compréhension de la liberté

Quelles sont les principaux obstacles à ma liberté intérieure ? Peurs, dépendances, faiblesse de ma volonté, découragement, égoïsme ?

2. Je déploie ma liberté

Quel combat dois-je mener pour ne pas retomber dans mes anciens esclavages ? Quel petit pas puis-je poser aujourd’hui ?

3. Je consens

Ma liberté ne consiste pas à m’échapper des contraintes, mais se trouve dans une nouvelle manière de vivre mon quotidien. Quel consentement ai-je à vivre pour faire jaillir une fécondité inattendue des situations pénibles que je traverse ? Je dis « oui » intérieurement, dans l’espérance.

4. J’accueille la joie

Et je m’émerveille des surprises que ce consentement a libéré.

5. J’exerce la foi

Jésus est venu me libérer de mes prisons intérieures. Je dépose à ses pieds les principales limites à ma liberté. Je prends chaque jour un temps de prière pour l’accueillir en moi. Si je n’ai pas encore fait cette rencontre intime avec Jésus et que je désire mieux le connaître, peut-être est-ce l’occasion de rejoindre un parcours Alpha l’année prochaine par exemple ?

TÉMOIGNAGE : « ON PEUT ÊTRE HEUREUX MALGRÉ L’ÉPREUVE»

Etty Hillesum est née aux Pays-Bas en 1914 et morte à Auschwitz en 1943. Elle tient un journal de mars 1942 à juin 1943 dans lequel elle décrit son iti- néraire. Guidée par un psychologue, elle vit progressivement une libération intérieure. Au fur et à mesure que la vie quotidienne des juifs d’Amsterdam devient de plus en plus pesante (obligation de porter l’étoile jaune, limitation des libertés, interdiction de se promener dans les jardins publics, de faire du vélo, restrictions alimentaires, vexations, humiliations…), la liberté intérieure d’Etty grandit et un immense espace de paix, d’amour de la vie, et d’amour de Dieu se déploie dans son cœur. Dans le camp de transit de Westerbork, avant d’être déportée à Auschwitz, elle écrit : « Du moment que l’on a une vie intérieure, peu importe de quel côté des barrières on se trouve. Les champs de l’âme et de l’esprit sont si vastes, si infinis que ce petit tas d’inconfort et de souf- frances n’a plus grande importance. Je n’ai pas l’impression d’avoir été privée de ma liberté, et au fond, personne ne peut vraiment me faire de mal. » Etty Hillesum, Une vie bouleversée, Seuil, 1985.


 

Pour aller plus loin

Le miracle de la gratitude – Pour goûter une vie nouvelle, Lionel Dalle, Éditions Emmanuel, 2019, 216 pages, 15 €.

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