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La dépression n’est pas une fatalité

Dépression. Cette maladie touche beaucoup de gens et fait de leur vie une grande souffrance. Pourtant elle n’est pas une fatalité. Comment en sortir ?

Le regard et les conseils de Jean Vanier.

La dépression est une force douloureuse et ténébreuse qui nous envahit au plus profond de notre être et semble se répandre à travers tout notre corps. Elle a son origine dans les blessures de notre petite enfance. Ce sont des souffrances très anciennes que nous avons repoussées dans notre inconscient et qui ressurgissent à un moment donné à la conscience, à l’occasion d’une frustration, d’une blessure affective, d’un deuil, d’un échec, de tensions, de conflits plus ou moins supportables. Nous sommes alors envahis et paralysés par ces sentiments de tristesse, de culpabilité et de confusion qui ont été enregistrés dans notre psychisme quand nous étions petits et que nous n’avons jamais pu nommer. Tous les sentiments ténébreux que l’enfant d’autrefois avait encaissé ou oubliés sont revécus dans la dépression, sans que l’adulte d’aujourd’hui puisse les comprendre, sans qu’il puisse en découvrir la source ou l’origine cachée. Cette impossibilité de comprendre aggrave la situation. La dépression devient alors une maladie que l’on croit honteuse : « Je suis fou. Il faut aller voir un psychiatre. » La personne entretient une image encore plus blessée et honteuse d’elle-même ; elle se sent encore plus mauvaise ; elle est une exclue, une anormale, un poids pour les autres. Ces sentiments de tristesse et de mal-être nous ôtent tout goût à la vie jusqu’à nous donner envie de disparaître, de mourir.

La dépression est une véritable maladie qu’on ne peut soigner tout seul. Il faut de l’aide pour en sortir. Certains enfants vivent des réalités terribles et sont obligés de mettre de solides barrières à l’intérieur d’eux-mêmes pour se protéger. Cependant, ils ne sombrent pas dans la dépression car leur constitution génétique est solide. D’autres semblent avoir vécu une vie familiale apparemment heureuse : « J’ai toujours été aimé de mes parents. » Il n’empêche qu’ils ont souffert de gestes maladroits, de manques d’attention ou de formes de rejet inconscient de leurs parents, de moments où leurs parents ont été incapables de les écouter et de leur donner de la tendresse. Ces enfants peuvent souffrir plus tard de dépression, s’ils y sont prédisposés biologiquement. Les blessures du coeur sont des réalités de vie qu’on ne peut empêcher. En chacun de nous, même si nous répugnons à le reconnaître, il y a un monde caché de ténèbres, de tristesse et de dépression prêt à surgir avec plus ou moins de force.

Toute la croissance humaine, c’est d’apprendre à laisser la lumière pénétrer plus profondément dans les ténèbres ; c’est de permettre à la confiance et à l’amour de vaincre les peurs, les préjugés et les haines ; c’est de trouver la force intérieure de vivre et d’accepter notre histoire telle qu’elle est, avec ses blessures, sans s’échapper dans un monde d’illusions et de rêves. La dépression n’est pas une maladie honteuse qu’il faut cacher à soi-même et aux autres. On a le droit de souffrir de dépression ; cela fait partie de notre être et de notre histoire. Mais il ne s’agit pas de se laisser sombrer dans cette tristesse de mort. On peut réagir ; on peut retrouver la vie. Il ne faut pas devenir esclave de ses sentiments qui remontent à la conscience, mais apprendre à les gérer pour peu à peu s’en libérer. Nous sommes tous impatients. Nous voulons tout et tout de suite. Nous voulons la joie, l’épanouissement, la vie. Ces désirs sont tellement normaux ! Mais il faut apprendre à respecter le rythme de notre être.

Dans notre vie, les différentes saisons se succèdent. Les échecs, les temps de sécheresse font partie de la vie. Ce ne sont que des passages. Ce temps de dépression est douloureux, mais, en même temps, c’est une crise qui peut apporter une grande libération, si nous découvrons comment la vivre et comment cheminer vers la guérison. La beauté humaine, c’est de s’accepter enfin tel qu’on est. Ne plus vivre dans les rêves ou les illusions, dans la colère ou la tristesse. Ne plus rien avoir à prouver, ne plus avoir besoin de fuir ; avoir le droit d’être soi-même. C’est alors qu’on se découvre aimé de Dieu, précieux à ses yeux. Peut-être n’est-on pas appelé à faire de grandes choses de sa vie, à briller comme un soleil, mais on est appelé à aimer et à s’aimer, chacun là où on est, comme on est, avec ses fragilités, ses handicaps. On est appelé à accueillir et aimer, et à communiquer ainsi la vie.

6 clés pour sortir de la dépression

1- Reconnaissance. Il est bon d’abord de reconnaître chez soi ou chez l’autre un état de souffrance et une incapacité à le formuler ou le partager. Mettre des mots sur sa souffrance est déjà une libération. L’accueil de la souffrance avec respect et compassion est une reconnaissance de la personne et de sa valeur. Déjà quelques nuages de la dépression se dissipent. « Je n’ai pas une maladie honteuse. »

2- Soutien médical ? Il importe aussi de savoir si un soutien médical est nécessaire. Et effet, il faut distinguer la tristesse profonde et le deuil, qu’il est possible de dépasser avec un soutien léger et un certain combat intérieur, de la dépression, que l’on ne peut dépasser sans l’aide d’un psychiatre ou d’un psychologue.

3- Une clé. Pour ouvrir la porte de la vie, la porte de la libération, il y a une clé. C’est de croire que, plus profondément que ces sentiments de tristesse et de mort, il y a notre personne profonde, et que cette personne profonde est unique et importante, qu’elle a une destinée. Elle est appelée à croître, à vivre et à s’épanouir. Aie confiance en la vie cachée en toi. Ne te laisse pas envahir par ces sentiments de tristesse. La clé est ce oui à ta personne profonde et secrète, cachée derrière les nuages. Au lieu de dire : « Je ne suis bon à rien, je veux disparaître et mourir », tu vas peu à peu apprendre à dire : « J’ai en moi des sentiments de tristesse et de mort qui viennent de je ne sais où. » Tu vas découvrir ainsi deux parties en toi : cette partie secrète et cachée, la source de ton être et de ta vie, et cette autre partie, blessée, qui envoie à ta conscience des messages de tristesse, de mort et de révolte. Dans la mesure où tu ne t’identifies plus à la dépression, où tu distingues ta personne profonde de ces sentiments de tristesse et de culpabilité qui surgissent de tu ne sais où, tu possèdes la clé de la guérison et de la résurrection.

4- Choisir la vie. Si tu choisis la vie, tu vas devoir lutter contre les puissances de destruction et de mort. Cette lutte sera aussi rude que le combat pour se libérer de l’emprise de l’alcool ou de la drogue. Mais chaque fois que tu choisis la vie, chaque fois que tu choisis de faire confiance à ta personne profonde, les ténèbres reculent.

5- S’arrêter. Il faut avoir le courage de s’arrêter. Alors, les sentiments de ténèbres remontent à la surface, le vide intérieur apparaît. On essaie de trouver le calme d’une façon nouvelle, par des petits moyens qui apaisent : faire des choses concrètes, préparer des repas, se promener, écouter de la musique douce, entrer dans une église et prier en silence, s’adonner à une activité qui soit source de joie, parler avec un ami, jouer avec un bébé ; de petites choses qui donnent un peu de paix et de tranquillité intérieure.

6- Affronter les ténèbres. Il arrive un moment où, avec un psychologue, il faut regarder de plus près ces puissances de ténèbres cachées en nous. Non plus les fuir, mais essayer de découvrir leur origine et pourquoi elles nous envahissent ainsi. Dans cette descente dans ces ténèbres, il faut être bien accompagné. Sans cet accompagnement, nous ne pourrons jamais les regarder. Elles sont trop terribles ! Si nous fuyons nos monstres intérieurs, ils grandissent et prennent des proportions démesurées. Mais si nous nous arrêtons pour les reconnaître, les affronter, ils diminuent et reprennent leurs justes proportions. Nous ne nous laissons plus gouverner par eux. Les murs construits autour de ce monde de ténèbres commencent à s’ébranler. Nous découvrons notre personne profonde, petite et innocente ; nous découvrons la vie. En accueillant le passé, il n’a plus de pouvoir sur nous.

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