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Décongeler sa créativité

Exercer sa créativité peut être aussi simple que se demander dans quel sens tourner la feuille de papier pour emballer un cadeau. Cap ou pas cap, réveiller ce moteur endormi sous le capot, c’est dire oui à la vie. Action !

PAR FLORENCE SERVAN-SCHREIBER – MORCEAUX CHOISIS PAR MAGALI MICHEL

Florence Servan-Schreiber est professeur de bonheur. Cette pionnière de la psychologie positive en France se retire tous les lundis pour écrire et cultiver sa graine d’originalité. Sa persévérance créative a donné vie à trois bestsellers : 3 kifs par jour, Power patate et Bloum !, parus aux éditions Marabout.

« Mais qu’est-ce qu’on fabrique aujourd’hui ? Dès que notre décision ou inclinaison transforme un résultat, nous créons. Cuisiner est une créativité quotidienne. Coder, réparer, écrire aussi ! Dès que nous associons deux éléments pour en créer un troisième, nous créons. La créativité est à la portée de tous. La puissance créative est partout !

Mon amie Fabienne, dessinatrice de génie, nous envoie régulièrement des appels à don de couvertures, pulls et couettes. Elle les entasse dans sa voiture et part en maraude porter secours aux réfugiés qui grelottent. Création. Sophie s’occupe jour et nuit de son mari atteint d’une maladie incurable et cruelle. Sa vie pratique nous semblerait, dans le train-train de nos vies valides, insurmontable. Malgré cela, chacun des textos qu’elle envoie clignote d’esprit ou d’humour. Création. Mon fils Arthur jette avec jubilation dans l’huile bouillante barres chocolatées, poulets en morceaux, légumes et gâteaux entiers – pas dans cet ordre. Création. N’être que soi est strictement suffisant pour créer. Le plus dur est alors fait. Enfin presque.

Car la planque, le perfectionnisme et la procrastination étouffent le feu créatif. L’un de mes boosters de créativité est l’essai d’Elizabeth Gilbert, Comme par magie. Elizabeth Gilbert y déroule la liste de nos peurs créatives. Peur de ne pas avoir de talent. Peur de ne pas trouver le marché pour ce que l’on veut créer, alors à quoi bon ? Peur que quelqu’un l’ait déjà fait mieux que nous. Peur qu’on nous pique nos idées, il est tellement plus sage de les cacher. Peur de ne pas être pris au sérieux. Que notre travail ne soit pas suffisamment politique, émouvant ou artistique. Qu’il ne change la vie de personne. Peur que nos rêves soient embarrassants. Combien de temps, d’efforts ou d’argent perdra-t-on à les poursuivre ? Peur de ne pas être assez discipliné, de ne pas avoir l’espace, la liberté financière ou le temps pour nos explorations ou inventions. Peur de ne pas avoir la bonne formation ou les bons diplômes pour se lancer. Que cette liste est réjouissante ! Il n’y manque que la peur de ne pas terminer le travail. Elizabeth Gilbert fustige une vie sans trouille. La peur a le don de nous mettre en colère, et de déterrer notre courage. Quand on lutte contre la peur, au lieu de l’embrasser, on lutte contre soi.

« SHOW UP ! »

Combien de projets ajournés au nom du perfectionnisme ? Cette maladie est sans intérêt. Peut-on imaginer un accouchement propre et silencieux ? Non. Mettre au monde est brouillon. Douleurs, grognements, répit, sécrétions, agitation, risque, impatience, peur, émerveillement, épreuve, récompense, larmes et séquelles habillent les portes de la vie, de la nouveauté et de la création. N’importe quelle fabrication qui en vaut la peine demande beaucoup de travail, et on se sent si vulnérable au pied du mur qu’on en souffre parfois. On croise tout le temps des gens qui parlent de ce qu’ils réaliseront un jour : après avoir acquis les bons outils ou les compétences indispensables, déménagé ou dégagé du temps. Et qui n’en feront finalement rien du tout. La pensée créative est accessible à tous. Passent à l’action ceux qui acceptent de ne pas être tout à fait prêts. L’antidote au perfectionnisme reste l’improvisation. La première chose à faire, lorsqu’on décide d’amorcer un projet, est de s’y atteler. “Show up !” disent les Américains. On doit se présenter au guichet. On progresse à la manœuvre, manches retroussées.

Quant à la procrastination, je la connais… La procrastination est mon grand retardeur de mise à feu. Aucune distraction n’exempte de la difficulté du travail. Cap ou pas cap, tous les débuts sont inconfortables. Le milieu aussi, parfois. Ce qui nous arrête le plus souvent est d’avoir eu l’étincelle d’une idée qui a allumé le feu d’un désir, mais le résultat que nous visons n’est pas encore possible avec les outils ou compétences dont nous disposons. Quand nos ambitions dépassent nos possibilités, on se décourage parfois au point de laisser tomber. Pourtant, la maîtrise ne peut venir qu’en ayant essayé. Qui peut gagner sans prendre le risque d’avoir joué ?

Osons dire oui à la vie. Les inhibitions ont moins d’intérêt que la liberté assumée, la fantaisie et l’originalité de nos solutions singulières qui sont autant d’expressions de notre dynamique vitale. »

5 CLÉS POUR JOUER À SAUTE-MONTAGNE

1 Profiter et remercier

Le plaisir et la gratitude sont des starters. Se reporter à 3 kifs par jours pour en savoir plus. Autopromotion non dissimulée (voir ci-dessous)…

2 S’aider

A-t-on déjà vu un architecte construire un palais sans plan ? Tracer le croquis de ses désirs met en marche une mécanique implacable. Tant que nous rêvons, sans l’inscrire, il y a mille raisons de se perdre dans le labyrinthe des choses à faire et de ne jamais en venir au projet qui va nous donner de la vie en plus. Eh oui, noter ses objectifs décuple les chances de les mener à leur terme.

3 Partager

Ce qui donne le vrai coup de pouce à nos plans est de les partager avec d’autres, puis de leur rapporter l’état de nos avancées. Il faut noter ses plans, les exécuter et avoir à qui les raconter. Concrètement, on ne se contente pas de dire ce que l’on veut faire, on l’inscrit quelque part. Puis on en parle autour de soi. Tenir parole envers autrui a beaucoup plus de poids que de garder ses projets seulement pour soi.

4 Écrire

Écrire apaise l’anxiété, résorbe l’ennui, filtre la réalité, ancre les souvenirs, crée de l’élan. Écrire, c’est progresser ! Écrire, c’est passer à l’action ! Écrire recentre tout en faisant vagabonder consciemment. C’est un antidote à l’hyperconnexion ambiante qui nous grignote l’attention et alarme les psychiatres. Ils recommandent de s’octroyer des plages suffisantes de monotâches productives et intérieures. À l’opposé de nos gestes numériques addictifs, écrire répond parfaitement à ce besoin d’ancrage et d’attention, propice au geste créatif. Et Bloum !, on s’épanouit.

5 Accepter les contraintes

La contrainte ouvre la voie à la créativité. Parce que la forme est contraignante, l’idée jaillit plus intensément. De la nécessité naît l’invention et de la contrainte, la créativité !

TÉMOIGNAGE : « PARTIR DE RIEN POUR TRACER QUELQUE CHOSE »

« L’été où j’ai écrit ce livre, je suis tombée sur un compte Instagram de toute beauté. Si vous allez le voir, vous risquez de vous demander pourquoi. On y voit des planches comme celles que l’on commande dans des cafés parisiens, mais d’une composition digne des mandalas. Concombres ordonnés, pistaches abondantes, éventails de saucisson, etc. L’art de la planche à son apogée. Entre deux chapitres, je m’y suis évidemment lancée. J’ai roulé des tranches de dinde, décalé des avocats pour former des cœurs, choisi des noix pour leur couleur. Passer de mon ordinateur à la cuisine m’a toujours aidée à me reconnecter à la fluidité de la création. Si les pages sont en apparence plus difficiles à composer qu’une assiette de jambon, l’intention est identique. Partir de rien pour tracer quelque chose. Me consacrer à une autre activité, pour reprendre confiance, me permet de grignoter du temps et des amandes. Pour reprendre mon élan, je me sers de mes doigts autrement. »

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